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Pourquoi tant de super-héros... au cinéma ?

Ils sont partout ! Au cinéma, en jeux vidéo, et même en comics où ils retrouvent une seconde jeunesse. Les super-héros sont à la mode ces temps-ci comme le prouve la multiplication des films sur le sujet ainsi que des jeux vidéo adaptés ou non de ces mêmes films. Le succès commercial est d'ailleurs presque toujours au rendez-vous comme si les premières places du box-office leur étaient désormais réservées. Alors pourquoi ce retour en grande forme d'un genre pourtant si stéréotypé ? Dans cette première partie, nous aborderons la prolifération des super-héros au cinéma.

C'est dans les années 1930 avec le plein essor de la bandes-dessinées aux États-Unis que les premiers super-héros comics voient le jour avec notamment Superman et Batman avant d'être rejoint plus tard par une nouvelle génération de héros estampillés Marvel tels que Spiderman ou les X-Men dans les années 1960-1970. La réutilisation de ces super-héros dans les œuvres cinématographiques est d'ailleurs presque aussi ancienne que leur création mais c'est uniquement sous la forme de sérials, films à petit budget qu'on le peut alors retrouver la version ciné de nos héros préférés. Des films qui sont aujourd'hui largement oubliés voire moqués. En 1978, Richard Donner et Christopher Reeve inaugurent le premier film de super-héros moderne et grand public avec Superman. Le succès du film au box-office entraînera plusieurs suites globalement très décevantes. Cette émergence d'un genre nouveau au cinéma ne donne curieusement pas d'idées aux producteurs qui ne saisissent pas l'opportunité de capitaliser le succès de Superman en tournant les aventures d'autres mythes de la bandes-dessinées. Si bien que, hormis en ce qui concerne la quadrilogie Batman qui connut un grand succès dans les années 1990 grâce notamment aux deux premiers épisodes signés Tim Burton, les super-héros se tiennent bien tranquille jusqu'à l'arrivée du prochain millénaire. Il y eut bien quelques adaptations mais celles-ci ne connurent pas un grand succès (Captain America, 1990), ou ne mettent pas en scène les personnages les plus reconnus du genre (Blade, 1998). Les années 2000 changent alors singulièrement la donne.

En 2000 justement, Bryan Singer signe les premières aventures des X-Men sur le grand écran dans le film éponyme et lance durablement la mode des super-héros Marvel qui connaîtra son premier immense succès en 2002 avec la sortie de Spiderman, par Sam Raimi. Les 4 fantastiques, Hulk, Ghost Rider, Iron Man et bien d'autres viendront compléter ce florilège avec très souvent une déclinaison en plusieurs épisodes pour chacun de ces héros. De qualités inégales mais avec un seul et même point commun, ces adaptations monopolisent régulièrement les premières places du box-office. Parallèlement, les studios surfent sur la vague juteuse des films de super-héros en proposant d'autres adaptations issues d'autres univers que Marvel tels que Hellboy (2006) ou Watchmen (2009). Christopher Nolan ressuscite même le très populaire Batman (Batman Begins, 2005), profondément enterré par Joel Schumacher et ses adaptations médiocres du chevalier noir. Le milliard de dollars de recettes est dépassé en 2008 avec sa suite The Dark Knight et le troisième épisode The Dark Knight Rises viendra confirmer l'immense popularité du héros masqué. En 2012, les producteurs, forts de leur succès, décide de sortir Avengers, qui réunit pour la première fois plusieurs super-héros Marvel dans un seul et même film pour déjouer un conflit inter-galactique. Le film qui était promis au panthéon des navets aux yeux de nombreux observateurs, rencontre un succès inattendu tant critique que commercial avec un nouveau record de recettes, plus d'un milliard et demi de dollars. Comme si le nombre astronomique de super-héros déjà inventés dans les comics ne suffisait pas, les producteurs et scénaristes iront même jusqu'à en créer de nouveaux, souvent dans des films au ton très parodique. Hancock (2008) et Kick-Ass (2010) rencontreront eux aussi un indéniable succès.

La technique n'est pas étrangère à l'explosion des films de super-héros sur grand écran. Il faut dire que depuis le premier film « sérieux » de super-héros qu'était Superman, les progrès techniques ont fait un bond en avant que personne n'aurait osé imaginer à l'époque. L'arrivée du numérique à partir des années 1980 a incontestablement ouvert la voie à une nouvelle ère du cinéma, une ère marquée par les effets spéciaux en tout genre. TOUT est désormais possible au cinéma. Les spectateurs ont pu progressivement en prendre conscience lorsque George Lucas et Star Wars créèrent un événement planétaire, lorsque Michael Bay mit en scène une invasion extra-terrestre frappante de réalisme dans Independance Day en 1996 ou encore, plus récemment, lorsque James Cameron et une armée de techniciens donnèrent vie à l'époustouflante planète Pandora. Cette progression fulgurante dans le domaine des effets visuels devait s'inscrire dans une certaine évolution du cinéma, un cinéma dont le côté spectaculaire prend parfois le dessus sur l'histoire et le développement des personnages. Cet aspect tape-a-l'oeil de nombreux films qui sortent aujourd'hui sur nos écrans ne manque d'ailleurs pas d'être critiqué. Et pourtant, rien de mieux pour faire déplacer les foules que les effets spéciaux tapageurs. En effet, le spectateur d'aujourd'hui peine à trouver une raison de payer (cher !) le cinéma alors que les films seront disponibles un jour ou l'autre à la télévision, en DVD, en VOD voire même en les téléchargeant illégalement. Le grand écran et le son cinéma sont donc des arguments de poids pour ces films spectaculaires, tenus d'amortir leurs budgets pharaoniques en vendant un grand nombre de billet. Les producteurs se devaient donc de trouver des histoires capables de faire appel aux effets spéciaux numériques et qui, couplées à un très gros budget marketing, seraient capables de rapporter un maximum d'argent à Hollywood.

Impossible alors de ne pas penser aux super-héros ! Ces êtres surhumains déjà adoptés par le grand public depuis l'âge d'or des comics, détenteurs d'incroyables pouvoirs et luttant contre des forces extra-terrestres ou monstrueuses ne pouvaient qu'être les ambassadeurs du cinéma numérique. Le public suivit, incontestablement. Nombreux sont les films de super-héros qui parvinrent à être de véritables succès commerciaux malgré des qualités très relatives. Et lorsque qu'on y associe un réalisateur particulièrement talentueux ou un scénario ingénieux, il n'est pas rare que le film en question dépasse toutes les attentes et battent les records du box-office. Ce fut le cas pour la trilogie Batman de Christopher Nolan ou pour les X-Men. Les films de super-héros sont donc devenus au cours des années 2000 les preuves d'un cinéma de plus en plus tourné vers les impératifs commerciaux mais qui sait encore séduire un public de cinéphiles que les effets visuels ne suffisent pas à contenter. Les super-héros sont ainsi devenus (ou redevenus) un phénomène de société et il est maintenant impensable d'imaginer une seule année au cours de laquelle, aucun de ces héros ne viendrait défier les lois du box-office.

Comme le prouve l'histoire de la bandes-dessinées américaine, le phénomène des super-héros n'est pas uniquement lié à un besoin commercial. Il est intéressant de relever que l’apparition des premiers super-héros dans les comics américains survient lors de la « Grande Dépression », après le krach boursier de 1929. Période terriblement difficile pour la société américaine qui avait alors bien besoin de Captain America ou Superman pour pouvoir rêver... Nul n'a besoin aujourd'hui de rappeler la situation délicate dans laquelle se trouve le monde occidental en proie à la crise. Les super-héros seraient donc des vecteurs d'espoir, de rêverie ou de fantasme, seuls capables de nous faire oublier un quotidien éprouvant ? La question mérite d'être posée, particulièrement lorsqu'on remarque à quel point les films de super-héros actuels cherchent à se rapprocher au maximum de la réalité, à rendre crédible des histoires qui ne le sont pas. Le meilleur exemple est certainement le très récent The Dark Knight Rises, plus axé sur le terrorisme que sur le héros Batman. Tout y est mit en œuvre, du scénario complexe jusqu'à la photographie pour rendre l'ensemble réaliste et crédible comme si réalisateur et scénaristes essayaient de nous faire croire qu'un homme seul peut rétablir la justice et faire tomber le crime, qu'un homme seul et sans aucun pouvoir hors du commun pouvait véritablement devenir un super-héros. De quoi faire rêver les plus pragmatiques d'entre nous non ?

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